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L’HOMME MULTICARTES

Avant d’être candidat à la mairie de Bordeaux, Medhi Saboulard a écumé les terrains du district durant plus de 20 ans, une longévité exceptionnelle dans le domaine de l’arbitrage amateur qu’il perpétue en ayant pris place sur le banc du CA Bègles.

Voici un arbitre pas comme les autres, avec un nombre de matchs très important sur certaines saisons : « J’ai été arbitre pendant près de 25 ans. À l’époque, en 2000, j’avais suivi une formation accélérée dispensée par le district de Bordeaux. À l’âge de 12 ans et demi, j’en suis sorti major. Le concours se passait avec les adultes. Il n’existait pas de catégorie spécifique pour les jeunes. Je suis ainsi devenu l’un des plus jeunes arbitres d’Aquitaine, même si j’ai dû attendre l’âge légal de 13 ans pour officier. J’ai alors connu des saisons très riches, avec parfois près de 80 matchs arbitrés sur une année, en officiant en semaine, en football entreprise et en doublant les week-ends. J’ai également occupé, pendant un temps, le rôle d’observateur officiel d’arbitres, ce que le grand public appelle contrôleur d’arbitres. »

Malgré cette riche carrière, Medhi a été déçu par le manque de reconnaissance de la part du District, qui ne s’est guère manifesté pour ses bons et loyaux services : « J’en garde un excellent souvenir et j’ai conservé des contacts avec les membres de la CDA de mes débuts. Même si je reste marqué par le fait qu’après près de 25 ans de service, aucun membre des équipes actuelles n’ait envisagé de me rendre hommage. On a un peu perdu ce côté humain. Cela aurait eu pour moi plus de valeur symbolique que les nombreuses distinctions reçues durant ma carrière. »

Après avoir terminé sa longue carrière, l’arbitre se retrouve aujourd’hui sur le banc de touche et se met au service des joueurs avec une nouvelle casquette, celle d’entraîneur. Actuellement sur le banc du club de Bègles, il a su créer un collectif malgré une saison précédente compliquée. « Je suis arrivé au club dans une conjoncture compliquée, entre la volonté de nombreux joueurs de quitter le club et ceux que le club ne souhaitait pas conserver suite à une fin de saison difficile. Avec la confiance et l’aide de mon président, du directeur sportif et du staff, j’ai dû tout reconstruire.

La phase aller a été très positive, avec de très bons résultat comme le prouve un premier bilan avec seulement deux défaites en championnat, un beau parcours en Coupe d’Aquitaine et une élimination en seizièmes de finale de Coupe de Gironde.

La seconde partie de saison est plus compliquée, notamment en raison d’un groupe jeune et donc d’un manque de stabilité, avec des départs liés aux études (semestres non validés), des retours dans les villes d’origine, etc. L’objectif de début de saison était le maintien. Nous avons actuellement 21 points et espérons l’assurer rapidement pour commencer à préparer la saison prochaine. Je me sens bien dans ce club, je travaille avec sérénité, et la confiance du bureau directeur n’a pas de prix. »

Actuellement, le club se situe en milieu de tableau de R3, avec la possibilité de terminer proche du dauphin. Mais Medhi aime avant tout transmettre. Sa passion le pousse à donner une chance aux habitants des quartiers de Bordeaux. Il se tourne alors vers le milieu associatif : « J’ai fondé et dirigé des associations pendant plus de 15 ans. Diriger une association, même si beaucoup ne s’en rendent pas compte, c’est déjà faire de la politique au sens noble du terme. Imaginer, créer, proposer, organiser et mettre en place des projets dans l’intérêt collectif, en s’appuyant sur des valeurs, implique de se confronter à des élus, d’obtenir des accords ou de gérer des désaccords. J’avais donc déjà cette expérience. Par ailleurs, j’avais lancé le projet « Sport santé prend ses quartiers », que j’avais imaginé et proposé dans le cadre d’un appel à projets. Il a été refusé par la municipalité sans explication, pour finalement être repris à son compte. Cela m’a fait prendre conscience que ce milieu pouvait être malsain, parfois malhonnête et conservateur, et qu’il fallait être dans l’action pour faire évoluer les choses. À cela s’ajoute le constat d’une classe moyenne oubliée par les acteurs politiques, ainsi que des quartiers populaires souvent laissés à l’abandon, dont on parle davantage pour les stigmatiser que pour valoriser leurs talents et leurs réussites. Ce sont des thématiques que nous avons portées lors des municipales. »

C’est donc avec cette expérience et cette connaissance des quartiers de Bordeaux que Medhi s’est lancé dans une campagne électorale pour la mairie. Même s’il figurait parmi les « petits candidats », loin des cadors de la politique, il souhaitait faire entendre la voix de ceux qui font vivre Bordeaux : « L’expérience a été unique, avec beaucoup de terrain, ce que je fais déjà au quotidien sans attendre les élections. Les débats m’ont permis de montrer que je n’avais pas à rougir face à certaines pseudo-élites.

J’ai également constaté que certains médias ne respectent pas toujours les règles de l’ARCOM et influencent la visibilité des candidats, en mettant en avant certains profils plus que d’autres selon leurs affinités ou leurs intérêts. Ils créent ainsi un second tour dans la tête des électeurs par un acharnement médiatique.

Notre résultat est très significatif. Nous étions le seul parti local, que j’ai moi-même créé, et nous avons obtenu près de 2 000 voix, laissant derrière nous quatre partis nationaux, dont Reconquête d’Éric Zemmour, dont les valeurs sont à l’opposé des miennes, notamment en matière de mixité sociale et culturelle, qui fait la force de mes équipes de football. Aujourd’hui, ce qui pouvait paraître utopique pour certains est devenu réel. Nous avons gagné le respect des électeurs et des partis politiques, et suscité aussi une forme de crainte chez d’autres. Par exemple, notre nombre de voix au premier tour était supérieur à l’écart entre les deux candidats du second tour, ce qui donnait à nos électeurs un véritable pouvoir d’influence sur le vainqueur. Cette crainte de certains partis de nous voir grandir est tout aussi importante pour peser dans le monde politique bordelais. »

Pour lui, football et politique peuvent cohabiter et présentent même des similitudes : « Bien sûr qu’il existe des similitudes. La FFF, la Ligue ou encore les districts relèvent aussi d’une forme de politique au sens large. D’où l’importance de bien choisir nos représentants et les projets portés lors des élections dans les institutions du football. Comme à l’échelle municipale, l’erreur serait de privilégier le fonctionnement du bureau au détriment du terrain et de l’action. Lors des prochaines élections municipales, je proposerai d’ailleurs un travail en commun avec ces institutions. »

Alex Cazenave

Crédit photo : DR

Légende : Medhi Saboulard, au centre.

 

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