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« NOUS SOMMES UN OVNI »

Tous les vendredis, sports33.fr propose une grande interview d’une actrice ou d’un acteur du sport en Gironde. Dirigeants, entraîneur(e), joueur(se)s, sportives ou sportifs girondins, présentent leurs visions et leurs ressentis. Aujourd’hui, Anthony Touboul, le coach du RC Chambéry, dont l’équipe affrontera Niort Saint-Florent pour le compte du 7e tour de la coupe de France.

Engagé en coupe de France dans une aventure inédite et inattendue avec son équipe du RC Chambéry,  Anthony Touboul, l’emblématique entraîneur du club de R2, analyse la période actuelle de son club.

Anthony, votre équipe vit une aventure inédite en coupe de France. Sentez-vous monter une atmosphère différente?

Cette aventure, c’est forcément à part. Le club est mis en lumière, ça a un effet positif sur le club, sur les joueurs. Il faut cependant éviter les effets négatifs à savoir ne pas s’éparpiller. Ce parcours en coupe permet aussi de bénéficier d’une visibilité inédite pour le club, pour les performances des joueurs. Cela crée une émulation. 

Que peut changer un tel parcours pour le RC Chambéry?

On commence à évoquer Chambéry de façon positive, comme d’une équipe qui produit du jeu, qui est performante. Avant, on pouvait parler du club dans les faits divers, c’était pas très positif. Mais sur les cinq dernières années, on parle de nous en bien. On construit des choses avec convivialité. On fait parler de nous de belle façon, on valorise notre travail et ça ne peut qu’être bénéfique pour tout le club.

On dort bien la nuit en tant que coach dans ces périodes?

Je suis quelqu’un qui relativise beaucoup. On n’oublie pas le quotidien pour autant, le travail de fait ou à faire. Vivre avec le groupe, ça signifie des sourires, des engueulades, mais on se retrouve tous à la fin à se serrer les coudes. Maintenant, je vis actuellement le plus bel exploit depuis que je suis entraîneur. Les joueurs vivent la même chose, tout ça nous unis. Il ne faut juste pas se brûler les ailes mais je suis quelqu’un de réaliste qui garde la tête froide.

Le RC Chambéry est un club de quartier de Villenave, êtes-vous dans la peau des irréductibles gaulois?

Je ne pense pas. Ce coup de projecteur sur notre club permet de combattre les préjugés. On met tous les ingrédients pour s’en sortir. C’est le résultat du travail au quotidien mais aussi de la mixité qui anime notre club et notre groupe. Nous comptons des chefs d’entreprise, des étudiants, d’autres qui viennent de différents horizons, qui se prévalent de différentes religions. Nous sommes un Ovni, le RC Chambéry compte 46 nationalités. Nous sommes fiers de le dire. Le sport est un vecteur social, on le démontre. Nous sommes un club de quartier et nous acceptons tout le monde avec respect. Nous travaillons bien avec peu de moyens, chez nous tous les joueurs ont payé leurs licences et ça ne crée pas de problèmes. Et puis, cette exposition évitera peut être que certains joueurs, comme ça a été déjà le cas avec des éléments voulant passer des essais, ne croient plus que nous sommes un club situé en Savoie.

Tout votre groupe pense à ce match, faire des choix est-il compliqué?

Je vais être un peu sauvé car je compte des blessés et que le choix va être moins difficile. Nous ne serons pas au complet même ce sera la même problématique à Niort. Je pourrai coucher les noms de 18 joueurs sur la feuille de match. Tout le monde va participer à la fête.

Vous êtes entraîneur du RC Chambéry depuis de nombreuses saisons, quel est le secret pour durer?

J’entame ma neuvième saison. J’ai la chance d’avoir un président patient qui a su attendre les résultats. Nous étions un groupe en reconstruction à mon arrivée. J’ai pu compter sur des personnes de confiance. Quand je suis arrivé, nous ne comptions que quinze seniors, aujourd’hui, nous en avons une centaine répartis en quatre équipes. C’est un travail de longue haleine qui a abouti à cette aventure en coupe mais aussi à notre montée au printemps dernier en R2. Je me suis aussi investi pendant le covid pour maintenir tout le monde sur le pont à travers des visios et même des séances de stretching en visio. Nous avons créé des liens. Ma durée sur le banc est peut être aussi liée à mon fonctionnement. Je suis quelqu’un de juste et pour moi un coach doit l’être tout comme il doit être humain. Pour moi, le football, c’est une passion que je veux transmettre. Il faut aussi savoir qu’un entraîneur n’est rien sans les joueurs et inversement.

Faut-il des soupapes de décompression quand on est coach?

C’est important d’en avoir car entraîner implique de la pression. J’ai la chance d’être accompagné au quotidien par mon président. Mais il faut s’octroyer un surcroit de liberté en dehors. Je suis un gourmand, je vais au restaurant par exemple avec mon épouse. Mais c’est vrai que le travail, la vie familiale, le football, ça prend beaucoup d’énergie mais j’ai besoin du football.

Quelles qualités faut-il pour mener un groupe?

Je suis un meneur d’hommes. Je manage des gens dans mon travail au quotidien. Mais un adulte, c’est toujours plus compliqué à diriger qu’un jeune. Il faut trouver le bon compromis.

Justement, on dit que la jeune génération est plus difficile à manager, est-ce vrai?

C’est un peu plus complexe. Ça peut être problématique avec des joueurs en manque de maturité qui peuvent tout prendre pour argent comptant. Mais chaque génération a ses lots de conflits avec l’autorité. Les jeunes peuvent aussi être impatients mais j’ai un fils de 24 ans, je suis habitué à la maison. Les jeunes peuvent aussi avoir du mal à s’ouvrir aux autres générations. Il faut un peu de temps, ils ont du mal à aller vers les plus anciens; Notre groupe compte des joueurs de 18 à 35 ans. Nous nous efforçons d’associer tout le monde à travers des repas. Ça casse les barrières.

Vincent Ferrandon

Crédit photo : RC Chambéry

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