L’INCONTOURNABLE EVA
Depuis deux saisons au club, Eva Svobodova règne sur le jeu du BMV en Ligue A. Un apport majeur pour les Burdis qui grandissent en même temps que leur internationale tchèque.
Destins liés. Et un lien qui ne s’effacera pas. A l’été 2024, Eva Svobodova et le BMV ont découvert en même temps la Ligue A, le plus haut niveau du volley français. Un mariage d’abord de raison qui est vite devenu bien plus que ça au fil des semaines, des résultats, de l’importance prise dans le jeu de son équipe et en dehors de l’internationale tchèque. « Je connaissais Bordeaux depuis deux ans, grâce aux matchs disputés contre cette équipe en Elite. J’ai toujours beaucoup aimé la ville. Les matchs s’y déroulaient toujours devant un public nombreux et plein d’énergie. Quand le club est rentré en contact avec moi après leur accession en Ligue A au printemps 2024, je n’ai pas hésité et j’ai saisi cette proposition comme un formidable défi et une belle opportunité pour progresser dans le volley-ball. »
Un choix payant tant la saison dernière a confirmé que le BMV n’était pas un OVNI dans le volley féminin français. De son côté, la numéro 10 des Burdis a elle aussi pris de l’envergure jusqu’à devenir la meilleure marqueuse de Ligue A cette saison. Un statut que l’attaquante-réceptionneuse prend avec modestie : « Ma priorité absolue est tournée vers le succès de l’équipe et la victoire. Le fait de pouvoir contribuer aux bons résultats par mon apport offensif et que cela se reflète dans les statistiques est un bonus appréciable. »
Une confirmation de l’arrivée à maturité d’une Eva qui a fêté en mai dernier ses 28 ans et qui poursuit sa progression dans un sport qu’elle a toujours privilégié : « Je viens de Polná, une petite ville de République tchèque, où les options sportives étaient limitées. Le volley-ball était l’une des activités de loisirs à laquelle je pouvais participer étant enfant. Mes camarades de classe et moi avons décidé d’essayer. C’est ainsi qu’est née une passion qui ne m’a jamais quittée. J’ai commencé dans ma ville natale, Polná, puis je suis partie à Jihlava. Ensuite, j’ai pris une décision fondamentale, celle de rejoindre Přerov en tant que junior.
J’y ai gravi les échelons des équipes de jeunes avant d’intégrer l’équipe première, où j’ai évolué pour la première fois en première division tchèque. Je suis restée à Přerov quelques années, avant de signer au VK Dukla Liberec, un club plus important. C’est là que j’ai connu mes premiers grands succès, avec notamment des médailles comme une deuxième place en Coupe de République tchèque et le titre de champion pendant la période du Covid. J’ai ensuite décidé de tenter ma chance à l’étranger, en Suisse. Avec le VC Kanti Schaffenhausen, nous avons remporté la médaille de bronze. J’ai ensuite découvert la France en Elite, d’abord à Évreux, puis à Romans-sur-Isère. Après deux saisons en Elite, j’ai reçu une offre de Bordeaux. Je dispute ma deuxième saison en Gironde. Je m’y sens bien. »
Une carrière loin de son pays que la numéro 10 « car mon père portait ce numéro quand il jouait au football » prend avec philosophie mais aussi envie : « Je pense que le plus difficile est toujours de franchir le pas et de quitter son pays pour l’inconnu. Bien sûr, j’avais peur, mais l’envie d’essayer et la crainte de le regretter si je ne prenais pas ce risque étaient plus fortes. J’ai choisi la France après mon passage en Suisse. Après ma première saison à l’étranger, je ne souhaitais pas encore rentrer chez moi. J’ai répondu à l’offre d’Évreux, qui avait été relégué en Elite. Je ne connaissais pas cette division, mais j’avais entendu dire que le niveau y était plutôt bon, alors j’ai accepté. Avec le recul, je me rends compte que cette décision m’a ouvert de nombreuses perspectives de progression dans le volley. Concernant mon expatriation, quand j’ai commencé le volley professionnel, mon rêve a toujours été de jouer à l’étranger. Même si je suis parfois triste, que ce n’est pas facile et que ma famille et mes amis me manquent, je reste convaincue que c’était la bonne décision. J’essaie d’en profiter au maximum et je suis reconnaissante pour chaque saison. J’ai également la chance de pouvoir représenter mon pays, au sein de l’équipe nationale tchèque.»
Une capacité d’adaptation facilitée par le caractère de l’internationale : « Je suis résolument extravertie, sur le terrain comme dans la vie. J’ai beaucoup d’énergie, j’aime rire et j’apprécie que les gens autour de moi rient aussi. Mais il est vrai également que j’aime parfois être seule pour me ressourcer. »
A 28 ans, Eva grimpe dans la hiérarchie saison après saison, son jeu s’étoffe et permet aux siennes de s’appuyer sur les points forts de la joueuse d’1,81 m « Je possède une énergie débordante, une volonté de me donner à fond. Je joue aussi avant tout avec le cœur. Je veux faire gagner mon équipe. Et pour cela, j’ai un vrai rôle de leader en essayant toujours de soutenir mes coéquipières. Je suis peut-être parfois un peu bruyante et exubérante, il m’arrive de faire des choses amusantes sur le terrain, surtout pour fêter un point. Mais je travaille à ce que mon équipe puisse compter sur moi, surtout dans les moments difficiles. »
Une carrière loin de toucher à sa fin : « À mon âge, je ne suis pas vraiment la plus jeune de l’équipe. Je pense que mes objectifs principaux sont de rester en forme et en bonne santé, sans blessure grave. Je veux continuer à progresser dans mon sport et à jouer le meilleur volley possible. Un de mes objectifs est de garder le volley comme un plaisir et de continuer à y prendre du plaisir pendant encore quelques années. Comme beaucoup de volleyeuses, mon plus grand rêve serait de jouer dans une équipe A1 du championnat italien et d’affronter les meilleurs joueuses du monde. »
A ce rythme, ce rêve pourrait bien prendre forme dans le futur.
Vincent Ferrandon
Crédit photo : Orane Cousy


