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DU JEU AU JEU

De Football Manager au bord du terrain, telle est le parcours de Clément Tapy, le jeune coach à succès du SA Mérignac en R1, une équipe qui joue les premiers rôles en championnat et qui vient d’atteindre les 32e de finale de la coupe de France.

Avant de diriger un vestiaire, Clément Tapy dirigeait déjà des équipes. Seul, face à un écran, au fond d’une salle de classe ou dans sa chambre d’adolescent. Pendant que d’autres rêvaient de marquer des buts, lui passait des heures à imaginer des compositions, à déplacer des pions virtuels, à planifier des mercatos et à dessiner des équilibres. Football Manager n’était pas un jeu. C’était un terrain d’apprentissage.

Clément commence tôt. Très tôt. Dès le collège, en classe de 4ᵉ, il découvre les jeux de management, d’abord sur console, puis sur ordinateur. À l’époque, le défi n’est même pas tactique. Il faut surtout un PC capable de faire tourner le jeu. Mais, une fois l’écran allumé, quelque chose s’installe. Une obsession calme. Imaginer, organiser, prévoir. Là où le joueur subit parfois le jeu, lui cherche déjà à le maîtriser.

Cette attirance ne vient pas de son entourage. Personne ne l’oriente. Personne ne le pousse. Elle s’impose. « J’ai toujours senti que j’avais ça au fond de moi », confie-t-il. Pendant que certains collectionnent les statistiques de buts, Clément dessine des terrains, pense les animations, anticipe les déséquilibres. La logique du coach s’installe avant même le statut.

À 13 ans, il encadre déjà des stages dans ce sport qu’est le football. À 17-18 ans, il devient adjoint. Le passage du virtuel au réel se fait naturellement. Les outils changent, pas les principes. Sur Football Manager, il fallait créer un cadre pour que les joueurs performent. Sur un terrain, la logique est la même. Comprendre les profils, les associer, les protéger parfois, les responsabiliser souvent.

Aujourd’hui, à 32 ans, Clément Tapy est entraîneur principal de l’équipe R1 du SA Mérignac. Et quand il parle de Football Manager, l’entraîneur de Gironde ne le fait ni avec nostalgie ni avec ironie. Presque avec reconnaissance. « J’y joue moins maintenant, parce que j’ai l’impression d’y jouer dans la vraie vie. » La phrase est simple, mais elle dit beaucoup. Le jeu n’a pas disparu. Il a changé d’échelle.

Son football, lui aussi, a évolué. Nourri par les grandes heures du FC Barcelone de Pep Guardiola, Clément revendique une culture du jeu, de la possession, du plaisir. Mais l’idéal s’est frotté au réel, à la compétition, à l’obligation de résultats. Le jeune coach, obsédé par le beau jeu, est devenu un entraîneur en quête d’équilibre. Attaquer fort, défendre mieux, et ne jamais subir les transitions.

Cette recherche de l’« équipe ultime », il la traçait déjà sur ses écrans d’adolescent. Aujourd’hui, il la construit avec des hommes. Des jeunes formés face aux centres de formation de clubs professionnels. Des seniors aux vies bien remplies, partagées entre football, travail et famille. Là où Football Manager simplifie parfois les émotions, le terrain les amplifie.

Mais un point ne change pas, le plaisir. Clément Tapy ne se satisfait jamais totalement d’une victoire si elle laisse un goût fade. Gagner en ennuyant, pour lui, reste une défaite incomplète. Il veut que les joueurs prennent du plaisir. Que les supporters aussi. Et que le football reste un spectacle, même dans les divisions amateurs.

Peut-être est-ce là l’héritage le plus durable de ses premières heures de management virtuel. L’idée que le football se pense autant qu’il se joue. Qu’il se construise avant le coup d’envoi. Et que derrière chaque système, il y a une vision.

Clément Tapy n’a pas appris à devenir entraîneur sur Football Manager. Mais il y a appris à aimer l’idée de l’être. Le reste, il l’a forgé sur les terrains, au fil des saisons, des vestiaires et des nuits de Coupe de France. Du virtuel au réel, le chemin est parfois flou. Chez lui, il semblait presque tracé.

Aurélien Walas

Crédit photo : Aurélien Walas

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